Thé +Toi en Chine… Jour 10/Jinshan (Zhejiang)

Lundi 13 Avril

Aujourd’hui, nous nous rendons au temple de Jingshan pour visiter ce lieu mythique & riche en histoire car nous remontons les origines de la cérémonie du thé japonaise. Mais commençons par le commencement. Le temple de Jingshan fût construit sous la dynastie Tang. C’est pourtant sous la dynastie Song qu’il a connu son apogée en devenant l’un de 5 temples bouddhistes les plus connus de la région de Jiangnan. Il y avait plus de 1700 moines/1000 chambres. Suite à plusieurs guerres et l’absence de tout projet de reconstruction – le temple est tombé en ruine. C’est finalement en 1997 qu’il a majoritairement été rénové. Mais qu’en est-il du thé dans tout ça ? C’est est 743 que Maître Faqin se rendit à Jingshan où il se construit un abri. Il commença sa propre plantation de thé et pratiqua le bouddhisme, le thé faisant partie intégrante de sa pratique. Le temple acquit progressivement une réputation dans la région et devint un art de vivre. Puis, il devint une boisson très populaire au sein de la communauté des moines Zen, les aidant à garder leur concentration et à canaliser leur énergie durant la méditation. Cette popularité s’accentua avec la publication de l’ouvrage de Lu Yu intitulé « Le Classique du Thé ». Etant devenu un élément central de la pratique du bouddhisme au temple de Jingshan – une série de rituels quotidiens commença progressivement à se mettre en place. Ces rituels étaient initialement réservés à la pratique, mais ils servaient également à recevoir. C’est ainsi que la Cérémonie du Thé de Jingshan est née. Avec le temps, ces rituels évoluèrent sous forme de commandements zen – pour finalement être pratiqués au Japon dans le cadre du Sado que nous connaissons plus sous le nom de Chanoyu.

Mais, revenons au thé de Jingshan. Il est très peu connu en Chine, à l’exception de la région d’Hangzhou. Notez qu’il y a 2 types de thé de Jingshan, celui de plaine (qui est moins cher) et celui de montage – que nous dégustons aujourd’hui. Nous nous rendons donc chez la famille Zhang, producteurs de Jingshan de montagne – pour déjeuner. Comme tous les repas que nous avons pu déguster chez l’habitant, c’est délicieux. Je retrouve le tofu maison, les légumes cuisinés dont le bambou. Et là, je peux déguster le poisson fraîchement pêché dans la rivière. Le tout est accompagné de leur thé que je ne me lasse pas de déguster.

Nous partons ensuite nous balader dans les forêts de bambou/les montagnes/les plantations – à 700 mètres d’altitude, et profitons d’une vue imprenable sur la vallée malgré la présence de quelques pylônes électriques. Notez que du fait de l’altitude, les feuilles de thé sont plus longues. Nous allons ensuite à la rencontre des cueilleuses en empruntant les mêmes sentiers qu’elles – afin de les voir à l’œuvre. Pour commencer, ces femmes sont impressionnantes de rapidité. Puis, malgré la difficulté de leur travail, elles sont rayonnantes, chaleureuses et tout simplement belles – peu importe leur âge. Elles ont entre 35 et 60 ans – voire plus. WOW ! Autant vous dire que je ressens un profond respect pour ces femmes au cœur d’or. Je peux vous assurer qu’après tout ça, il m’est impossible de boire une tasse de thé de la même façon. Nous nous posons donc dans les plantations pour savourer un beau moment de quiétude. Et là, je me dis que ça y est – je vis un rêve et je ne veux surtout pas que ça s’arrête.

Nous redescendons ensuite pour dîner chez la famille Zhang avant d’assister au retour des cueilleuses pour la pesée, et que le travail de fabrication du thé ne commence. Au final – pour 44 cueilleuses, il y en a pour 40 kg de thé. Dans notre cas, la moyenne par jour est de 2.5 kg par personne. Après la pesée, suit un 2nd tri avant que les cueilleuses n’aient terminé leur journée vers 20h/20h30. Notez qu’elles commencent à 5h du matin – tout de même. S’en suit (1) le flétrissage – puis le préchauffage du dessicateur. La température doit atteindre 350° avant que (2) la dessication ne soit lancée. Le travail peut alors commencer. Les feuilles sont jetées par petites poignées afin de perdre 20% d’humidité. Suit (3) le brassage au wok – graissé à l’huile de thé & chauffé au charbon à +/- 200°, afin que le thé perde à nouveau 20% d’humidité. Il s’agit d’un geste précis qui peut sembler simple, mais ça prend tout de même 3 ans pour le maîtriser. Les feuilles sont ensuite filtrées et disposées dans la rouleuse pour (4) le roulage afin de donner une forme torsadée à la feuille et de déclencher le cycle enzymatique. S’en suit un 3ème tri avant que le tout ne soit passé au séparateur. Enfin le thé est chauffé pour la dernière étape – (5) le séchage pendant 4 heures à 100° avant qu’on ne le laisse reposer.

C’est la 1ère fois que je peux assister à la fabrication complète du thé, et je suis fascinée de voir toute la théorie prendre forme/sens sous mes yeux. Je tiens à remercier nos hôtes qui ont fait preuve d’une générosité et d’une patience incroyables. Imaginez-vous fabriquer du thé en compagnie d’un groupe de 9 personnes – vous observant/mitraillant inlassablement. Notez que nous sommes partis à 22h/22h30, mais la fabrication ne s’est pas terminée avant 1h du matin et Mme. Zhang devait quant à elles être levée à 4h – pour préparer le petit-déjeuner des cueilleuses.

Nous piquons tous du nez sur le trajet du retour mais pour ma part – éveillée ou endormie, cette journée est 1 rêve que je n’oublierai jamais.

Restez connect(h)és… la suite de mon voyage en Chine sera en ligne dès Lundi 17 Août.

En attendant, qu’en pensez-vous ? Le récit de mon expédition dans la Chine du Thé & de la porcelaine réveille-t-il en vous une folle envie de le vivre à votre tour ?

Addie.

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